Zurich, le 25 janvier. L’Européenne de l’année 2012 a été nommée : c’est Isabel Jonet. Le magazine Reader’s Digest récompense ainsi cette Portugaise de 51 ans qui se mobilise contre le gaspillage de nourriture. La Banque alimentaire contre la faim qu’elle dirige regroupe plus de dix-neuf banques alimentaires qui collectent des denrées alimentaires et les distribuent à des personnes dans le besoin sur tout le territoire portugais. « Nous sommes tous solidaires, tous responsables du bien de chacun », répond Isabel Jonet quand on lui demande ce qui la motive à cette action bénévole – qui rien que cette année aura protégé contre la faim un total estimé de quelque 300 000 personnes.

                                 

Les 21 éditions européennes du Reader's Digest nomment chaque année depuis 1996 la personnalité européenne de l'année qui a su le mieux incarner les traditions et les valeurs de son continent. Ce prix doté de 5 000 euros sera officiellement remis à Isabel Jonet dans les mois qui viennent. La présentation de l'Européenne de l'année 2012 sera publiée simultanément dans le numéro de février de toutes les éditions européennes de Reader's Digest.

 

Le prix 2011 avait été décerné au Docteur Monika Hauser, un médecin allemand travaillant à procurer de l’aide à des femmes traumatisées par des conflits armés. L'année précédente, il était allé à la Roumaine Iana Mattei pour ses activités de lutte contre la traite des êtres humains.

 

La lauréate de cette année est considérée comme l'une des femmes les plus influentes de l'économie portugaise en raison du dynamisme de son action. Elle parvient constamment à convaincre des chaînes de supermarchés et des groupes commerciaux de ne pas éliminer leurs surplus alimentaires, mais d’en faire don à la Banque alimentaire. Elle collecte ainsi et redistribue chaque année suffisamment de nourriture pour préparer quelque 12 millions de repas dans des garderies, des maisons de retraite et des foyers du troisième âge.

 

Tout ce travail, Isabel Jonet et son personnel le fournissent gratuitement. « Les personnes qui se mobilisent ici n’ont pas à recevoir d'ordre d'une permanente salariée : la directrice a le même statut que tout le monde », déclare-t-elle.

 

Cette conscience sociale, Isabel Jonet en a fait très tôt l’expérience. Ses parents exploitaient une ferme, élevaient des vaches, des porcs et des moutons, cultivaient du blé et de l’orge ; mais leur travail achevé, ils venaient en aide autour d’eux, montrant ainsi l’exemple à leurs enfants. « J'avais à peine 12 ans que j’étais déjà bénévole à l'hôpital des enfants », se souvient-elle.

 

Après des études de sciences économiques à Lisbonne, Isabel Jonet a travaillé pour un groupe d'assurances, avant de passer pour quelques années avec son mari à l’UE à Bruxelles. À son retour, en 1994, mère de cinq enfants déjà, elle a étoffé ses activités bénévoles au Portugal en travaillant auprès d'organisations d'entraide religieuses. Puis elle remarque la Banque alimentaire : « Si j'ai décidé d’y travailler, c’est parce qu'elle avait pour vocation de lutter contre le gaspillage de nourriture, de temps et de talents ».

 

Et depuis, Isabel Jonet y fait figure de pilier, de point de référence. Les 16 organisations auxquelles l'association fournissait initialement des denrées alimentaires sont devenues maintenant plus de 300. « Sa détermination, son intelligence et sa mobilisation m’ont laissé une profonde impression ; elle savait parfaitement que notre régime d'État-providence n'était pas tenable », explique Alexandre Soares dos Santos, chef de Jerónimo Martins, la plus grande chaîne de supermarchés portugais, se souvenant de sa première rencontre avec Isabel Jonet.

 

Même dans son propre foyer, Isabel Jonet vit ce souci du bien des autres : chaque matin, ses plus jeunes enfants font la tournée des boulangeries locales pour récupérer le pain et les gâteaux de la veille – ce qui peut représenter jusqu'à 900 kg de produits boulangers les bonnes années.

   

Les lauréats des années précédentes

Les éditions européennes de Reader's Digest nomment chaque année depuis 1996 un Européen ou une Européenne de l’année. La sélection a lieu au sein d'un panel de leurs rédacteurs en chef.

2011 :  Docteur Monika Hauser, Allemagne, aide aux femmes traumatisées par la guerre

2010 :  Iana Matei, Roumanie, lutte contre la traite des êtres humains et la prostitution forcée

2009 :  Joachim Franz, Allemagne, sportif engagé dans la lutte contre le VIH/sida

2008 :  Maria Nowak, France, aide par le microcrédit

2007 :  Professeur Ruedi Lüthy, Suisse, spécialiste du sida au Zimbabwe

2006 :  Ayaan Hirsi Ali, Pays-Bas, défense des droits des musulmanes

2005 :  Docteur Leonid Roshal, Russie, médecin et médiateur dans la prise d'otages de Beslan

2004 :  Peter Eigen, Allemagne, fondateur de Transparency International

2003 :  Simon Pánek, République tchèque, fondateur de l'organisation humanitaire People in Need

2002 :  Eva Joly, France, juge dans le scandale Elf-Aquitaine

2001 :  Linus Benedict Torvalds, Finlande, inventeur du système d’exploitation Linux

2000 :  Paul van Buitenen, Pays-Bas, dénonciateur de malversations au sein de l'UE

1999 :  Docteur Inge Genefke, Danemark, médecin, défense des victimes de la torture

1998 :  Pete Goss, Royaume-Uni, sauveteur d’une personne qui se noyait au cours d'une régate

1997 :  Frederic Hauge, Norvège, activiste dans la lutte contre les déchets nucléaires 

1996 :  Pater Imre Kozma, Hongrie, mobilisation en faveur des sans-abri et des personnes âgées

 

Nous nous tenons à votre disposition pour tout renseignement complémentaire sur ce thème. Le numéro de février de Reader's Digest Suisse est en vente à compter du 27 janvier dans les principaux kiosques.